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L'Asie du Sud-Est, Plateforme Stratégique pour les Entreprises Françaises

Les entreprises françaises ont exporté pour près de 15 milliards d'euros vers les dix Etats-membres de l'ASEAN en 2024. Le marché profite de sa position géostratégique et des tensions géopolitiques, qui poussent les entreprises à rééquilibrer leur présence en Asie.
Avec près de 700 millions d'habitants, une croissance annuelle de plus de 4 %, une classe moyenne qui ne cesse de progresser et, surtout, une porte d'entrée vers le reste de l'Asie, les pays de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (Vietnam, Philippines, Indonésie, Malaisie, Singapour, Thaïlande, Brunei, Laos, Birmanie et Cambodge) représentent un marché clé pour les entreprises françaises.
Selon le Trésor, l'ASEAN est le 6e client mondial (2,4 % de nos ventes) de la France, derrière l'Union européenne, les Etats-Unis, la Chine, le Royaume-Uni et la Suisse, avec un volume d'exportations de 14,3 milliards d'euros en 2024. Singapour en reste le principal débouché, concentrant 53 % des exportations françaises dans la région, suivi de la Thaïlande, du Vietnam et de la Malaisie.
Stratégie « Chine + 1»
« Aujourd'hui, l'Indopacifique, c'est 40 % de la richesse mondiale et à l'horizon 2040, ce sera 50 % du PIB mondial, souligne Yann Frollo de Kerlivio, directeur de zone ASEAN Océanie pour Business France. L'ASEAN est un peu la zone pivot de la région entre la Chine et l'Inde. » Installé au Vietnam depuis 2021, après des étapes en Roumanie ou en Ukraine, l'expert est insatiable sur le potentiel régional.
Sa position géographique place, en effet, la région au carrefour de la mondialisation. Environ un quart du trafic maritime international passe ainsi par le détroit de Malacca, situé entre la Malaisie et l'île indonésienne de Sumatra. Plus récemment, les « nouveaux tigres asiatiques » ont profité des tensions géopolitiques entre les Etats-Unis et la Chine, qui ont renforcé leur fonction de plateforme.
« Depuis la première présidence de Donald Trump, beaucoup d'entreprises poursuivent une stratégie qu'on appelle « Chine + 1 » et se disent : plutôt que de réinvestir en Chine, je vais atténuer mes risques (« derisking ») et compléter mon expansion par l'Asie du Sud-Est », constate Yann Frollo de Kerlivio, qui voit dans le Vietnam l'un des premiers bénéficiaires de ce mouvement.
Les exemples de localisation sont nombreux dans le textile, avec des géants comme Adidas, Puma ou Decathlon, qui ont installé des sites de production dans l'ancienne colonie française, mais aussi dans l'électronique. Clef de voûte de cet équilibre : l'accord de libre-échange qui réduit à quasiment zéro les droits de douane entre les dix Etats-membres de l'ASEAN
Disparités
Derrière cette zone de libre-échange, qui n'est pas une union douanière, se cachent toutefois des disparités. Ainsi, l'Indonésie est le quatrième pays au monde en termes de population, avec plus de 280 millions d'habitants (majoritairement musulmans) et 17.000 îles. De son côté, Singapour ne compte que 6 millions d'habitants et un des PIB par habitant les plus élevés de la planète.
« C'est un pays très jeune qui s'est développé en gagnant la confiance des investisseurs internationaux avec une stabilité assez exemplaire, que ce soit en matière économique, politique, monétaire, insiste Carine Lespayandel, directrice générale de la Chambre de commerce et d'industrie à Singapour. C'est un état de droit où la propriété intellectuelle est respectée, ce qui attire aussi l'innovation. »
Premier marché de la région, Singapour a ainsi séduit plus de 800 entreprises françaises, dont les plus importantes y ont installé leur siège régional, comme TotalEnergies, Safran, Thales ou Airbus dans la défense, Sanofi ou BioMérieux dans la pharmacie. Mais le petit pays est aussi un site de production avec une industrie qui représente 20 % du PIB, souligne Carine Lespayandel.
Face à des coûts locaux en forte hausse, les entreprises se replient toutefois sur d'autres pays pour installer leurs sièges régionaux : l'équipementier automobile Forvia ou le spécialiste des services de restauration Sodexo sont allés en Thaïlande, la société d'ingénierie Artelia est allée au Vietnam ; le groupe parapétrolier Technip ou la filiale de titres de Crédit Agricole (CACEIS) ont rejoint la Malaisie.
Accords avec l'Union européenne
Décidé à resserrer les liens avec la zone, le président Emmanuel Macron, venu à Hanoï au Vietnam et Jakarta en Indonésie, fin mai, appelle à multiplier les accords avec l'Union européenne pour réduire la dépendance des deux blocs avec la Chine et les Etats-Unis. Jusqu'ici, seuls Singapour et le Vietnam ont signé de tels accords, mais des négociations viennent d'être conclues avec l'Indonésie.
Reste à savoir dans quelle mesure ces efforts profiteront aux entreprises françaises sur un marché compétitif, dont la Chine est le premier fournisseur. L'an dernier, les exportations de la France vers l'ASEA ont chuté de près de 15 %, interrompant la dynamique de l'année 2023, constate le Trésor. Actuellement, leur part de marché dans la zone s'élève à 1,5 %, la moitié de l'Allemagne.
SOURCE: LES ECHOS