Companies news  •  Partners

L’Asie du Sud-Est abrite  les talents  numériques  du futur 

En Asie du Sud-Est, l'économie de l’Internet, qui a connu une croissance fulgurante, est prête à franchir de nouvelles marches.

Un rapport de Google et Temasek  prévoit que ce marché atteigne 240 milliards de dollars singapouriens (176,89 milliards de dollars US) d'ici 2025, dépassant une prévision précédente de 200 milliards de dollars. 

Les startups, les entreprises et les investisseurs l’ont bien compris. En moins de quatre ans, la région a attiré 24 milliards de dollars singapouriens (17,69 milliards de dollars américains) de financements, dont plus de la moitié pour des licornes de transport à la demande, comme  GoJek  and  Grab, et d’e-commerce, comme  Lazada entre autres. 

L’un des facteurs clef de cette économie de l’internet a été l’emploi, dans la région, de 100 000 professionnels hautement qualifiés - un vivier de talents qui augmente de 10% chaque année.  

Malgré cela, l’Asie du Sud-Est n’a pas été épargnée par la pénurie mondiale de talents tech. De nombreuses entreprises ont du mal à recruter les bons talents avec les compétences dont elles ont besoin – quand elles y parviennent – dans ce marché hautement concurrentiel. 

Deux experts du cabinet de conseil PwC en Asie du Sud-Est,  Nicole Wakefield, leader du conseil en management, et  Pierre Legrand,  responsable de la branche technologie numérique en Asie du Sud-Est et de l’Experience Center, partagent leurs vues sur le défi des talents en Asie du Sud-Est, et ce que les entreprises peuvent faire pour trouver les bonnes opportunités aux bons endroits.  

 

L’Asie du Sud-Est abrite certaines des stars en devenir de la scène startups. Qu'est-ce qui se cache derrière ce buzz?  

Pierre: Il y a beaucoup de “sauts technologiques”.  

Dans  certains pays développés, certaines technologies existent depuis quelques temps, et il est nécessaire de maintenir ces technologies prédominantes ainsi que les compétences associées. Mais cela crée d’importantes contraintes bureaucratiques autour des technologies émergentes - c'est presque comme si les technologies plus anciennes écrasaient par défaut certaines plus récentes.  

Par contraste, de nombreuses entreprises d’Asie du Sud-Est sont capables de dépasser ce schéma parce qu'elles opèrent à l'ère numérique, et sont pour beaucoup concentrées sur une approche client. Nous le constatons avec les nouvelles banques digitales ou dans les entreprises qui travaillent sur des technologies pour les industries traditionnelles, comme l'exploitation minière et les télécommunications, en lien avec l'intelligence artificielle (IA) et le Machine Learning.  

Les opportunités sont là car l’Asie du Sud-Est est un grand marché. La population non bancarisée, par exemple, constitue un énorme potentiel. De plus, les gouvernements investissent beaucoup dans les infrastructures physiques, comme Jakarta, qui vient juste de mettre en service un métro. La Thaïlande essaie de gérer sa crise du trafic routier et Singapour pilote l'initiative Smart Nation. Tous ces développements offrent des opportunités très intéressantes pour les entreprises et les talents.  

Ce n’est plus qu’une question de temps avant que ces marchés développent leurs propres compétences. Et elles se diront peut-être à un moment donné : « Nous voulons être la Silicon Valley de l’Asie du  Sud-Est ». 

 

Mais comme dans de nombreuses autres parties du monde, la région est également confrontée à une crise de talents dans la tech. Parlez-nous des défis que les entreprises doivent relever pour trouver et retenir les bons talents dans le numérique.  

Nicole: Nous sommes dans l'une des régions les plus vibrantes du monde - l'une des plus dynamiques - et la demande de talents et de compétences dans le numérique a été exponentielle. Mais l'un des grands obstacles à la croissance de ces économies est le manque de talents et, plus spécifiquement, le besoin de talents dans le numérique.  

De nombreuses entreprises sont également confrontées au défi de savoir s'il faut investir dans des talents locaux - qui peuvent être difficiles à trouver - ou faire venir une ressource humaine étrangère coûteuse avec une expertise globale ou régionale.  

Les entreprises doivent adopter une approche équilibrée de mise à niveau des compétences locales avec le bon mix de talents étrangers. Cela apportera les connaissances et l'expérience internationales nécessaires au développement des talents locaux, jusqu’au moment où l'expérience commencera à se disperser dans l'écosystème local. Tout est question de formation et de perfectionnement de la main-d’œuvre et de la façon de gérer la main-d’œuvre de demain. 

 

Quels types de talents ou de compétences sont les plus demandés aujourd'hui ?  

Pierre:  En termes de compétences spécifiques, nous avons une forte demande d'architectes de solutions, d'architectes d'intégration, d'analystes commerciaux, de data scientists, de spécialistes de l'automatisation, de chefs de produit, de SCRUM masters et de propriétaires de produits.  

Nicole:  Pour être clair, ce talent numérique dont nous parlons aujourd'hui n'est pas seulement un talent « tech », mais inclut aussi des personnes capables de réaliser des choses en utilisant la technologie et le monde numérique. Ils ont des compétences relationnelles, comme l'agilité, la collaboration, la créativité et la capacité de diriger un groupe de spécialistes de la tech.  

Trop souvent, lorsque les entreprises tentent une implémentation technologique et réfléchissent à la manière de faire face à l'ère numérique, elles se focalisent trop sur le talent technique pur, comme les codeurs. Et elles oublient les compétences humaines nécessaires pour mettre en œuvre le digital dans l’entreprise. 

En matière de compétences et de recrutement, une entreprise doit, pour réussir, prendre en compte à la fois les aspects techniques et les aspects plus humains.  

 

Comment les talents  numériques  d’Asie du Sud-Est se comparent-ils à l'échelle mondiale?  

Pierre:  Pour être honnête, c'est comme comparer des pommes et des oranges parce que les marchés, les réglementations et les environnements sont tous différents.  

Mais la grande différence qui distingue les talents de cette région des autres serait leur capacité à s’adapter à un espace numérique émergent - comme je l'ai dit, il s'agit d'un marché par « saut technologique ». Ici, les gens peuvent s'adapter à un contexte de large population, hautement connectée et habituée à l’usage du téléphone mobile, ce qui stimule l’adoption de la technologie par cette base de consommateurs. Le niveau de dynamisme et de multiculturalisme ici est par ailleurs incomparable avec celui que l’on trouve sur d’autres marchés.  

De plus, beaucoup de personnes ayant travaillé à l'étranger pour des multinationales, à un niveau cadre supérieur, retournent dans leur pays d'origine. Ils voient un potentiel dans leur pays d’origine, que c'est le bon moment, et ils rapportent au pays leur riche expérience de l'étranger. Nous allons certainement voir ce phénomène se reproduire de plus en plus.   

 

Zoomons sur certains des pays émergents. Qu'offrent-ils chacun en termes de talents numériques ?  

Pierre:  Le Vietnam se démarque car il traverse une période d'hyper-croissance, bien qu'il soit parti de plus bas. Il dispose d'un vivier de talents très intelligents, hautement numériques, avec une solide base d'étudiants possédant des compétences tech pertinentes.  

Ensuite, il y a la Thaïlande, connue pour son utilisation des QR codes, pour le paiement sans espèces et le développement d'applications Web.  

Les Philippines sont orientées vers l'adoption de services cloud et constituent un bon environnement pour développer des technologies commercialisables à distance dans la région. Le fait qu'il y ait beaucoup de grandes entreprises avec des back-offices et des centres de développement basés là-bas, ainsi qu’une population anglophone, sont des avantages qui peuvent être mis à profit.  

Pour la Block Chain, Singapour est la ville incontournable, principalement en raison des différents types de services financiers ou des FinTech qui y sont basées. 

Nicole:  Pour moi, Singapour coche toutes les bonnes cases aujourd'hui avec son infrastructure, son écosystème, et la position de confiance qu’elle occupe dans la région. Je vois Singapour jouer un rôle essentiel comme plateforme d’attractivité et de développement des meilleurs talents et entreprises, et jouer un rôle de leader en Asie du Sud-Est pour soutenir la région dans son  ensemble. 

 

Article traduit en français par la French Chamber of Commerce in Singapore.

Retrouver l’article original sur le site de l’EDB.

Close

Support the business community through our COVID-19 Collaborative Platform!